Franck Dja Djédjé : « Le GF38 m’a relancé » (1/2)

Formé au Paris Saint-Germain, le natif d’Abidjan a rejoint le Grenoble Foot 38 lors de l’été 2006. Pendant deux saisons et demie, il aura activement participé à l’essor du club isérois. Il nous raconte son aventure sportive sous le maillot grenoblois.

Franck Dja DjédjéTu as été formé au Paris Saint-Germain avant de rejoindre Brest en prêt lors de la saison 2004-2005 et de connaitre une saison quasi-blanche avec Paris en 2005-2006. L’année suivante tu es prêté au GF38. Pourquoi avoir choisi Grenoble ?

J’étais dans une situation difficile car je m’étais fracturé la malléole et je n’avais pas beaucoup joué avec Paris (deux bouts de matchs en Ligue 1,  ndlr). Mais le GF38 s’est manifesté par l’intermédiaire de son directeur sportif, Michel Rablat. Il s’est rapidement entendu avec Alain Roche, son homologue du PSG. Pour ma part, je savais que je n’aurais pas un temps de jeu énorme si je restais à Paris donc un prêt s’avérait être la meilleure solution pour m’aguerrir. Je ne connaissais pas trop le club, ni même la ville. Pour l’anecdote, quand j’ai su que Grenoble était intéressé, la première chose que j’ai faite c’est taper le nom de ville sur Google pour voir où elle se situait (rires). J’ai ensuite eu Francis N’Ganga au téléphone qui m’a dit que du bien du GF. Donc j’ai donné mon accord pour être prêté à Grenoble.

Sous la houlette d’Yvon Pouliquen, le GF38 réalise une saison encourageante et termine à la 5ème place. Tu vois cette performance comme une satisfaction ou comme une déception sachant que vous aviez raté la montée ?

Je perçois notre saison comme une satisfaction sachant que l’objectif fixé en début de saison n’était pas la montée en Ligue 1. Le club souhaitait avant tout progresser donc la 5ème place était forcément une bonne performance. L’accession en Ligue 1 aurait été la cerise sur le gâteau mais on termine quand même à 11 points du 3ème (Strasbourg, ndlr), donc le fossé était assez conséquent. Je me souviens qu’on avait réalisé un bon début de saison (20 points après 9 journées) mais que l’on avait manqué un peu de régularité par la suite. Même après un début de saison encourageant, on n’a pas parlé de montée. On faisait nos matchs sans trop se soucier de l’avenir et sans trop se torturer l’esprit.

Malgré cette saison réussie, le club décide de mettre fin à sa collaboration avec Yvon Pouliquen. Quel est ton sentiment vis-à-vis de cet entraîneur ?

J’ai beaucoup apprécié jouer sous ses ordres, c’est un entraîneur qui m’a fait énormément progressé. J’avais sa confiance, ce qui m’a permis de me libérer et d’effectuer une saison plutôt correcte (36 matchs toutes compétitions/5 buts, ndlr). La direction du club a pris la décision de se séparer du coach mais également de Michel Rablat. C’est un choix que j’ai respecté, ni plus ni moins.

500 000€ pour mon transfert, c’était énorme
Je me souviens que l’on a appris cette nouvelle peu avant le match de la 32ème journée à Caen. Caen était alors l’un des épouvantails de Ligue 2 et nous étions allez chercher la victoire en terre normande (0-1, ndlr). Je crois même que c’est moi qui inscris le but victorieux (rires). C’était une façon de rendre hommage au coach.

Sachant que tu étais prêté au GF38 et que l’entraîneur qui te faisait confiance a été débarqué, tu n’as pas douté de ton avenir au club ?

Non, je n’ai jamais eu de craintes par rapport à ça. Quand un joueur fait correctement son travail et donne tout pour aider l’équipe, il n’y a aucune raison qu’il ne soit pas conservé. Alors certes, quand il y a un nouveau coach qui arrive, on n’est un peu dans l’expectative mais personnellement, je n’ai jamais douté. D’ailleurs, le feeling est très bien passé avec Mecha Bazdarevic aussi.

Franck Dja DjédjéPourtant, lors de l’intersaison 2007/2008, ton transfert du côté du GF38 tarde un peu à se concrétiser. Que s’est-il passé ?

A Grenoble, je n’étais que prêté. Certes, la volonté du club était de me conserver et la mienne était de rester, seulement j’appartenais au PSG et j’étais encore sous contrat avec eux. De ce fait, j’ai dû retourner là-bas où le club a commencé à me dire qu’il ne savait pas trop s’il voulait me voir partir ou non. Grenoble a contacté de le PSG pour mon transfert et les Parisiens ont fixé mon prix d’achat à 500 000€ ! C’était énorme sachant que je n’avais quasiment pas évolué en Ligue 1 et que je n’avais que 21 ans. Du coup, j’ai eu quelques accrochages avec le club parisien au sujet de cette indemnité que je jugeais trop élevée. Finalement, le GF38 s’est acquitté de cette grosse somme pour un club de Ligue 2. Cela m’a montré que le club me voulait vraiment et qu’il comptait beaucoup sur moi. Grenoble m’a relancé.

Racontes nous cet exercice 2007/2008 qui fut aussi abouti pour le club (montée en Ligue 1) que pour toi (10 buts inscrits en 36 matchs joués).

Il est vrai que c’était une excellente saison, tant sur le plan collectif qu’individuel. Déjà, elle a idéalement commencé pour moi car je marque lors de mon premier match face à Reims (3ème journée, victoire 2-0, ndlr) au bout de six minutes ! Par la suite, on développait du beau jeu et on était récompensé. Après, on ne peut pas nier que l’on a aussi eu de la réussite car même quand on jouait mal, on ne perdait pas souvent. Je pense que le déclic a eu lieu lors de notre victoire face à Troyes, lors de la 31ème journée.

Le match de la montée ? Un souvenir exceptionnel
Ils étaient troisièmes au coup d’envoi et nous quatrième à cinq points derrière. Autant dire que c’était un peu la dernière chance pour nous. On gagne ce match 2-0 avec des buts de Nassim et moi devant un Stade des Alpes plein. Ça leur a vraiment fait mal. Je retiens également notre victoire à Boulogne (36ème journée) où je marque sur un but gag. Après, on a fini le travail contre Châteauroux. Pour moi, c’était la saison la plus aboutie.

Comment as-tu vécu ce match de la montée contre Châteauroux ? Etais-tu impatient ou plutôt tendu ?

Je dirais un mélange des deux car ce match était décisif à la fois pour nous qui jouions la montée en Ligue 1 mais aussi pour Châteauroux qui était en course pour le maintien. Je me souviens qu’à Châteauroux, il y avait un certain Henri Bédimo, avec qui je m’entends très bien. Avant le match, il me dit hilare « Vous n’allez pas nous faire descendre quand même ». C’est vrai qu’il y avait beaucoup de tension et ce genre de match est vraiment difficile à jouer. Les deux équipes ne voulaient pas perdre et finalement, il y a eu 0-0. On ne trahira aucun secret en disant que ce n’était pas notre meilleur match de la saison (rires). Mais ce résultat nous a ouvert les portes de la Ligue 1 et les supporters ont envahi le Stade des Alpes. C’est vraiment un souvenir exceptionnel. Surtout que c’était ma première montée.

Penses-tu que le fait d’avoir joué la fin de la saison au Stade des Alpes vous a aidé à aller chercher cette montée en Ligue 1 ?

Cela a joué un rôle prépondérant c’est certain. On est passé de moins de 10 000 spectateurs à près de 20 000 ! On voyait pas mal de familles et ce sont des choses qu’il n’y avait pas forcément à Lesdiguières. Avoir le Stade des Alpes a déclenché beaucoup de choses car c’était et c’est toujours l’un des équipements les plus modernes de France.

Battre le PSG au Parc des Princes, c’était incroyable pour Grenoble
Autant dire qu’avec un stade pareil, on se devait de jouer en Ligue 1 ! On avait un groupe assez modeste, sans véritable star et c’est sans doute ce qui a été notre principal atout. Il y avait un amalgame entre des joueurs des expérimentés, en fin de carrière comme Wimbée ou Flachez et des jeunes joueurs plein d’envie et d’ambition comme Larsen Touré, Feghouli ou moi.

Tu avais découvert timidement la Ligue 1 avec le PSG. Avec le GF38, tu as l’occasion de t’y faire une vraie place sachant que tu jouissais d’un statut de titulaire régulier. Pourtant, on a senti que tu avais eu un peu de mal au début. Comment expliques-tu cela ?

J’ai disputé les Jeux Olympiques de Pékin avec la sélection ivoirienne. On était arrivé jusqu’en quarts de finale avant de chuter face au Nigéria (2-0), futur finaliste de la compétition. De ce fait, je n’ai pas effectué la préparation avec le groupe et j’ai manqué les premiers matchs. Je suis également rentré assez fatigué des JO et le coach l’avait bien senti. C’est la raison pour laquelle je jouais assez peu au début. Il a aussi fallu que je m’adapte car c’est un niveau au-dessus par rapport à la Ligue 2. J’ai commencé à regagner ma place au cours de l’automne. La Ligue 1 était vraiment l’aboutissement de tout le travail que j’avais effectué depuis le début de ma carrière.

Franck Dja DjédjéNiveau émotionnel, on imagine qu’un match a dû être particulier pour toi. C’est ce déplacement au Parc des Princes pour aller y défier le PSG, ton club formateur. Qu’as-tu ressenti lors de cette rencontre ?

Je ne vais pas nier que j’étais assez revanchard car j’ai été formé là-bas et le club ne m’avait pas fait confiance. Je suis donc rentré sur la pelouse avec la ferme intention de montrer mes qualités et de leur faire regretter leur choix de ne jamais avoir cru en moi. Je voulais tellement bien faire qu’au final j’ai effectué un match quelconque pour ne pas dire médiocre. Je suis une personne honnête, quand je joue mal je le dis et je l’assume. Mais cette rencontre restera un excellent souvenir car on est reparti du Parc avec les trois points. Nassim avait inscrit un but fabuleux. Battre le PSG à domicile, c’était vraiment quelque chose d’énorme pour Grenoble. Même si ce n’est pas le PSG d’aujourd’hui, c’était quand même une incroyable performance.

Demain, retrouvez la seconde partie de l’interview de Franck Dja Djédjé où il sera notamment question de son départ du GF38, de son but lors du premier match au Stade des Alpes ou encore de sa perception de la situation actuelle du club.

JL - 24 septembre 2014.